(Photo:Roger Lacoste)
Raymond Gravel a choisi Dieu
Raymond Gravel ne sera pas candidat pour le Bloc Québécois dans la circonscription de Repentigny aux prochaines élections fédérales. Le Vatican refuse de lui accorder une permission pour un second mandat. La réponse est arrivée mardi matin et a vite fait le tour des médias.
Ça vous attriste de quitter vos fonctions de député M. Gravel? « Un peu », avoue Raymond Gravel. Mais juste un peu. Après tout, le député Gravel s’attendait à la réponse qu’il a reçue. Il savait depuis le début de son entrée sur la scène politique que ses prises de positions dérangeaient l’Église. Encore plus la droite religieuse des provinces anglophones. « C’est sûr que si j’étais de droite, ça aiderait », laisse entendre M. Gravel au cours d’un entretien avec la presse locale.
Son opposition au projet de loi C-484, sur les enfants non nés victimes d’actes criminels dénoncé comme une menace au droit à l’avortement, et son appui à Henry Morgentaler ont fortement déplu à l’Église. Même si ses positions avant-gardistes répondaient aux besoins des citoyens qu’il représentait.
C’est justement son ouverture d’esprit qui avait convaincu les citoyens à le pousser en politique active en 2006.
Mais Raymond Gravel ne quitte pas son bureau de député amer. Juste un peu plus lucide. La politique lui aura au moins confirmé une chose. « Toutes les institutions sont pareilles, elles sont rigides et dures à changer. Je suis convaincu de ça », fait remarquer M. le député qu’on pourra de nouveau appeler M. le curé une fois l’élection passée, en octobre. Puis, son séjour en politique lui aura permis de poser un regard plus nuancé sur l’Église. « La politique m’a fait voir que l’Église est encore belle et que je dois m’adapter », lance le curé Gravel qui avoue quitter l’arène politique avec un peu plus de sagesse. Il garde ses idées avant-gardistes mais il a perdu un peu de son attitude rebelle. « J’ai appris qu’il faut parfois se taire mais aussi qu’il vaut mieux proposer des solutions concrètes plutôt qu’attaquer. » Raymond Gravel a aimé son rôle de député pour le contact qu’il lui permettait avec les citoyens. Un peu la suite des choses de son rôle de curé de paroisse. Le contact humain a toujours été une priorité pour lui. Et s’il a apporté quelque chose en politique, c’est peut-être même à l’intérieur même du Bloc où il croit avoir sensibilisé ses collègues à tenir davantage compte de la dimension humaine dans leur prise de décision. « Je leur amenait ma vision de ce qui était éthique et non éthique, de ce qui était moral et non moral. J’ai aussi défendu l’Église à la Chambre des communes», lance-t-il avec une pointe de fierté dans la voix.
M. Gravel ne peut cependant s’empêcher de constater que la façon de travailler d’un politicien entre directement en contradiction avec la vie d’un religieux qui exige humilité et simplicité. « On est au service de la population, mais on se sert aussi d’elle à ses propres fins en étant politicien. C’est ça qui me rend un peu amer. C’est un peu indécent », affirme le futur ex-politicien. Et la tentation du pouvoir? « C’est là que ça devient conflictuel, fait remarquer M. le député. Je n’aurais pas pu me joindre à un parti au pouvoir et être ministre. » Et s’il aimait attirer l’attention sur lui, sur ses prises de positions, M. Gravel assure que son passage en politique l’a bien comblé et qu’il n’a plus besoin des projecteurs sur lui maintenant. Être vedette comporte aussi ses désavantages comme celui de se faire aborder par tous, partout. Et comme tout le monde, M. Gravel n’est pas toujours d’humeur sociable.
C’est un peu pour cela qu’il retourne à ses fonctions de curé. C’est sa vie après tout, être religieux. Un choix qu’il a fait dans toute sa maturité d’homme et avec lequel il est toujours en accord. « Mais mon salaire va baisser de cinq fois », lance en riant le député sortant qui a quand même apprécié les bons repas aux restaurants durant ses deux années en politique. « En deux ans, je n’ai pas eu le temps de me faire corrompre par le pouvoir », tient-il à préciser.
Puis, le métier de politicien n’était pas dans sa nature. Dès le premier jour dans la chaise Benoit Sauvageau – une grosse pointure à chausser – le nouveau politicien a dû tout apprendre. Un peu, beaucoup grâce au support de l’équipe de son prédécesseur qui l’a secondé. « J’étais un peu naïf. Je ne savais rien, même pas comment faire un don », se rappelle Raymond Gravel. Il ne s’attendait pas non plus à ce que certaines portes restent fermées lorsqu’il sonnait pour parler directement aux gens. C’est qu’il est sensible le député Gravel et l’impopularité vécue par les politiciens, il l’a avalée plutôt de travers. « La bataille, moi, j’hais ça. Je ne veux pas que le monde me déteste. » Son passage en politique aura aussi changé son regard sur les politiciens. Certains lui laisseront un excellent souvenir. Gilles Duceppe l’a particulièrement touché. « C’est un homme qui mérite d’être connu. Les gens le connaissent mal. C’est un homme d’engagement. Je ne serais pas capable de faire ce qu’il fait », soutient-il. Maka Kotto qu’il a côtoyé en faisant du porte-à-porte l’a ému. C’est un poète dans le cœur et dans l’âme. » Il y aussi André Bellavance…et aussi Pablo Rodriguez même s’il est dans le camp adverse. « Un chic type. » Sa principale déception en quittant la vie politique si vite, c’est de voir mourir au feuilleton son projet de loi privé, le C-490, qui aurait facilité l’accès des personnes âgées au supplément de revenu garanti.
Puis, il aurait également aimé pousser la cause de l’accompagnement aux mourants. « L’euthanasie », dit-il tout bas, avant de se reprendre : « le droit de mourir dans la dignité ».
Alors, c’est une liberté retrouvée ce départ de la vie politique? « Non, car comme curé, je vais retrouver un autre carcan. » M. Gravel ne sait pas encore quelle paroisse on lui confiera. Restera-t-il dans la région? Rien n’est sûr.
suzanne gravel
Commentaire mis en ligne le 1er novembre 2008s.v.p. acheminer mes voeux de Joyeux Anniversaire pour le 4 novembre à l'Abbé Gravel ... merci !